Il fut construit, vers l'an mil apparemment, par les vicomtes de Nîmes, les Aton puis Bernard-Aton, qui possédaient dans cette ville un hôtel particulier (aujourd'hui la Trésorerie municipale).
Il est donc vraisemblable que le château de Calvisson n'avait alors qu'une "vocation militaire" (surveiller "le grand chemin" de Nîmes à Sommières ? ... et montrer qu'on surveille ?)
Devenu "logis royal", il est attribué en 1304 à Guillaume de Nogaret et est ainsi décrit par les maçons qui procèdent à l'estimation de la rente :
"... est quedam aula longa ... mensurata de foris habet quatuordecim canas in longitudine ... & parietes dicte domus totius habent in altitudine sex canas ..."
soit en français : "est quelque grande salle longue ... mesurée à l'extérieur [elle] a quatorze canes de longueur (≈ 28 mètres - la cane fait 1,98m en longueur) ... & les murs de la dite maison ont au total six canes (≈ 12 mètres) de hauteur" (vraisemblable pour le mur ouest à cause du dénivelé - ≈ 6 mètres),
Quant à l'aménagement intérieur, il est plutôt fruste : "in cujus capite est una camera cum sua privata camera ... & in alio capite est gurguina quedam ..." ; ... soit, traduit : "à la tête de laquelle est une chambre avec sa chambre privée (des "toilettes" ?) ... & à l'autre tête est quelque petite pjèce (?) ...".
Quand on sait que Guillaume passe l'essentiel de son temps à Paris, où il est mort en avril 1313, qu'il a acheté en 1308 la "Grange de Livières" aux Templiers de Saint-Gilles, puis qu'en 1322 la nouvelle évaluation de la rente mentionne que le logis du Seigneur de Calvisson, alors Raymond 1er de Nogaret, est à Livières, on ne peut que conclure ainsi : pendant le temps des Nogaret, le château de Calvisson n'a pas servi à l'habitation mais n'a été qu'à vocation militaire.
En avril 1377, Raymond II de Nogaret, veuf de Blonde Adhémar de Grignan, épousee Marie Rogier de Beaufort, veuve de Guérin VII de Châteauneuf, seigneur d’Apcher, mère de Raymond d'Apcher.
Le château -ainsi que tous les biens de Nogaret- est légué en cette année 1377 à Raymond d'Apcher, seigneur de Saint‑Alban (aujourd'hui -sur-Limagnole) puis arrive en 1409 dans les biens de la famille de Murat, quand Blanche, fille aînée de Raymond et de Bourguine de Narbonne, épouse Renaud II, vicomte de Murat.
Pendant toutes ces années, il est peu probable que le château ait servi d'habitation ; il est au contraire vraisemblable qu'il a conservé sa "vocation militaire".
Le château -et tous les biens- arrive dans la famille de Louët en 1438 quand Marguerite de Murat, fille unique survivante de Renaud et Blanche, épouse Louis de Louët.
En mars 1445, on trouve dans deux actes notariés "Maurille Guibert Capitaine du château" comme témoin, et en septembre 1462, "noble Jacques Latouche, Capitaine du château" est cité comme "receveur' du Baron Louis de Louët et de son épouse dame Marguerite de Murat, absents à l'acte.
Puis dans les annés 1480-90 quelques actes passés "au château" dans la grande cour, dans la grande salle ou dans la grande chambre ; mais la plupart concernent des personnes tierces sans mentionner la présence de Louët.
Le 26 décembre 1479, l'absolution est donnée à Louis de Louët (au moment de son décès ?... Guillaume de Louët accepte l'hoirie sous bénéfice d'inventaire le lendemain...) au château de Caveirac. ... Y habitait-il ?...
Beaucoup plus tard, le 28 septembre 1540, le Baron Jean de Murat et Calvisson fait construire une "establarie" pour abriter les chevaux, près du château et près du portail de la muraille (Merci à Nicolas Lawriw d'avoir transcrit et numérisé cet acte) ; complémentaire à l'écurie du château et de même "confort", 18 mètres de long...
L'écurie "principale" était-elle pleine ? Occupée par les chevaux "militaires" ?
En septembre 1547, le même Baron baille à Pierre Quatre la garde du château, moyennant 4 salmées de blé et un vaisseau de vin ; le Baron "fournira chambre garnie", Quatre "sera tenu de demeurer audit château et pourra prendre le bois pour son chauffage dans le devois dudit seigneur".
Puis, en août 1555, la garde est confiée à Jean Pupin, qui sera tenu de "tenir bonne geôle".
Ces baux signifieraient-ils que le Baron n'habitait pas au château ?
En novembre 1571, Marguerite de Castelane, veuve de Pierre de Louët, douairière de Calvisson, mère et tutrice de Jean (II) de Louët, passe un accord notarié (Encore un Merci à Nicolas Lawriw) avec Jean de Fons, conseiller au Présidial de Nîmes, à qui elle reprochait, par procès à procédure compliquée, d'avoir construit un moulin qu'elle disait porter préjudice au château : de Fons pourra construire son moulin, en reconnaissant qu'il est bâti sur un "vacant" appartenant au Seigneur de Calvisson, et moudra gratuitement chaque année 8 salmées de blé "au châtelain qui se tiendra au château".
Cette formulation signifierait-elle qu'aucun Louët n'habite le château au moment de l'accord ?
Victime des guerres de religion, le château est pris en janvier 1573 et occupé sans être détruit par les catholiques royalistes de Henri Ier de Montmorency, Maréchal de Damville, gouverneur de Languedoc (vient alors une question : Louët étant catholique, son château était-il occupé par des *militaires protestants* ?) ;
le même Maréchal de Damville qui, gouverneur déchu et passé dans le camp des "confédérés religionnaires", ordonnera en février 1575 de le démanteler entièrement ; ce qui sera fait à partir de septembre 1575.
Le démantèlement d'un château *catholique* ?
↠ *De tout ce que dessus*, doit-on ? peut-on ? conclure que ce château n'a jamais servi à l'habitation mais a toujours été à *vocation militaire* ? Contrairement à ce que l'on pensait (espérait ?) auparavant ?
Addendum : Le château "Louët 1597"
Ce sont les vestiges visibles aujourd'hui sur *la colline du château*, faussement nommés "château de Guillaume de Nogaret" mais inscrits comme tels par la DRAC au "casier archéologque" depuis 1949 (croquis ci-contre de 1946, extrait du dossier de classement).

